• Le premier geste fut un trait de bâton dans la terre. Un geste impatient et sans doute involontaire. Le suivant, identique mais plus martial dans son intention, pour délimiter un territoire ou une tactique de chasse. Au petit matin, dans le feu qui semble mort, une branche dont l’extrémité carbonisée en forme de tête d’oiseau est saisie puis cognée contre une roche. Il me plaît d’imaginer l’effroi de celui qui vit dans ce bois carbonisé le portrait mental de l’oiseau produire ainsi le premier monotype. La question se pose alors du bâton carbonisé voulu comme matrice ou saisi tel un crayon. L’action d’imprimer une trace deviendra par la suite plus raffinée. Le pochoir et la gravure à proprement parler où se mêlent anfractuosités naturelles et sillons manufacturés deviendront langage. Au noir de fumée, à la brumisation de pigments expulsés par la bouche contre les parois, s’ajouteront (ou s’opposeront) des techniques d’applications directes de la matière par le pinceau, dans le schisme de deux médiums, deux pensées chamaniques à la beauté radicale. Le geste qui consiste dans une technique avec des outils complexes et des systèmes d’inversions préméditées et une autre façon, plus spontanée dans l'expression de sa gestuelle. La gravure et la peinture. Je ne prendrai parti ni pour l’une ni pour l’autre. Je les veux toutes les deux, libre de barrer dans toutes les eaux fortes.                                                                                                                                                                                                                         Julien Vernière, Les Eyzies de Tayac, Févier 2017.